Le prince veut réviser les hadiths

L’Arabie saoudite a annoncé en octobre, et de manière plutôt discrète, la création d’un Centre des hadiths du Prophète.

Avec cet événement peu anodin et aussi peu médiatisé, le royaume wahhabite semble vouloir opérer un véritable saut quantique dans les mentalités, sous l’impulsion du jeune prince héritier Mohamed Ben Salmane.

En effet, la mission de ce centre serait, ni plus ni moins, d’« expurger les compilations des faux hadiths, de ceux qui sont en contradiction avec le Coran ou de ceux qui sont utilisés pour justifier et alimenter le terrorisme »

Vers un modèle progressiste pour l’Arabie saoudite ?

L’Arabie saoudite semble ainsi ouvrir une brèche dans le corpus dogmatique sunnite en général et wahhabite en particulier, passant subitement d’un conservatisme ultra-archaïque à une posture quasi progressiste.

Beaucoup de hadiths sont des paroles mises dans la bouche du Prophète Muhammad, probablement par les conseillers d’autocrates musulmans à travers l’Histoire, pour donner une justification religieuse à leurs décisions.

Mais pourquoi devient-il soudain urgent pour le royaume saoudien, de remettre en question des textes apocryphes et néanmoins souvent sacralisés dans le sunnisme?

Serait-ce l’impulsion qui signe la fin de l’apathie dans laquelle est figée la pensée religieuse sunnite depuis des siècles?

Une reprise en main du leadership religieux

L’avenir nous le dira mais l’hypothèse d’un saut quantique qui ferait passer subitement l’Arabie saoudite d’un royaume archaïque et rétrograde à un modèle progressiste pour l’ensemble du monde musulman me semble peu probable.

Pourquoi ? D’abord le momentum et le côté discret de la manœuvre pour être réellement de bonne foi. Par ailleurs, la création de ce centre semble être une mesure prise unilatéralement par le prince Ben Salmane. Ce n’est donc pas le fruit d’un travail collectif auquel adhèreraient expressément des pans entiers de la société civile. Or, à mon sens, un projet imposé – surtout quand on touche au sacré – est déjà virtuellement mort avant de naître.

L’hypothèse la plus plausible est qu’il s’agit d’une manœuvre à portée diplomatique envers l’Occident. Et par la même occasion, un signal pour la reprise en main du leadership religieux dont le prince héritier voudrait se porter fort, en réponse par exemple au congrès de Grozny, en Tchétchénie, en août 2016 qui avait osé exclure le wahhabisme saoudien du cercle sunnite mondial.

Une image internationale à soigner

L’image de l’Arabie étant sérieusement écornée, elle doit donc manœuvrer pour soigner son image publique tant à l’intérieur – car les jeunes sont une population importante et le royaume a de moins en moins les moyens d’acheter la paix sociale comme elle le faisait avant – qu’à l’extérieur.

Par ailleurs, nous savons que la rivalité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran bat son plein pour asseoir un leadership dans la région. Des guerres extra-territoriales sont menées sur plusieurs fronts par ces deux puissances comme en Syrie et au Yémen. Prendre cette mesure est une manière pour l’Arabie de s’affirmer en tant que leader de « la oumma » et tenter de faire passer aux oubliettes les tendances takfiristes de son dogme dominant ainsi que son alliance avec l’axe israélo-américain qui passe assez mal auprès des opinions publiques arabes.

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