Abeillez-vous!

Ce doux matin de printemps, les fleurs de mon jardin m’offraient leurs grâces, dans les fragrances les plus soyeuses et les couleurs les plus chatoyantes…  Elles se dressaient, fières et altières, telles les reines de mon humble domaine.

C’est ainsi que je les contemplais, avec cette singulière complaisance que l’on peut éprouver pour de si jolies plantes… cette foudroyante beauté m’enveloppait dans un exquis sentiment de gratitude. Les plantes m’ont toujours fasciné, car elles portent en elles la même essence originelle, mais nous ne saisissons pas leur langage… Et pour peu que je fusse Reine, j’aurais fait roi le chêne !

Je sirotais paisiblement le thé encore chaud qui dessinait sous mes yeux ses volutes légères, sans doute était-il jaloux du regard admiratif que je portais à mes roses, mes bougainvilliers, mes hortensias et mes dahlias…

Le bourdonnement d’une abeille tinta brusquement à mon oreille. je reconnaissais ces  vibrations denses et rapides, qui dominaient à présent tout mon champs auditif, au point que ne n’eusse pu entendre un tonnerre !  La scène qu’elle venait me jouer me plongea dans un ravissement délicieux.  Je l’observais, et peut-être bien plus, je la ressentais ! Se posant délicatement sur le sein nourricier de son hôte, offerte avec une telle finesse, avec une telle justesse… Ma tête s’inclina légèrement sur le côté, comme un signe d’attendrissement spontané.

Elle était si proche que je pus avoir peur de me faire piquer, mais Je savais que les insectes, comme les animaux, n’attaquent que lorsqu’ils se sentent agressés, contrairement à l’Homme ; pensais-je… Puis en y réfléchissant, je me ravisais ; finalement, l’Homme agressif ne répond qu’aux agressions de son enfance … Un être violent n’a pour proie que ses fantômes, ceux qui l’ont agressé de toute forme possible ; maltraitance, ignorance, abandon, humiliation…

Alors que mes yeux se froissaient de peine à cette pensée, je remarquais que ma petite abeille disparaissait au loin. Alourdie par son butin, s’envolant dans la joie d’un enfant. Elle me laissait seule, envahie par mes pensées bourdonnantes.

Je prenais conscience, de son œuvre sacrée. De cette poudre d’or, qu’elle avait parsemé, sur son pèlerinage. A la lumière du soleil levé, je m’éveillais doucement, aux secrets révélés. L’abeille a-t-elle conscience du dessein qu’elle porte ? En butinant la fleur, elle polonise la Terre, et d’autre fleurs encore, et d’autres plantes encore, naitront de ses voyages. D’un acte si anodin, elle participe à un projet qui la dépasse ! Quel illustre savant disait que sans abeilles, l’Homme ne vivrait que quatre ans ?

Qu’en est-il de l’Homme ? A-t-il conscience du projet qui lui incombe ? Est-ce que, dans ses actes sans apparente importance, il porte lui-même un dessein grandiose ? Quelque chose qu’on ne saurait voir, qu’on ne saurait définir, à l’instar de l’abeille, butinant sans soupirs ?

La vie n’a-t-elle d’autre but que celle d’être vécue ?

Et combien d’entre nous sont en quête d’héroïsme ? De bravoure ? De grandeur ? Si nobles soient nos actes, si élevées soient nos intentions, n’y a-t-il pas, dans nos gestes quelconques, dans nos actions insignifiantes, l’architecture d’une œuvre dans sa perfection suprême ?

Hafida Melhli

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