Astrophysique: l’hypothèse d’un Créateur est scientifique

« — Sur la question de l’être, je voudrais partager avec vous une nouvelle extraordinaire, affirma d’emblée le Pr. Spin. Elle est bien connue dans les cénacles scientifiques, mais peu répandue auprès du citoyen lambda.

— Quelle est donc cette nouvelle ? demanda Sue.

— Nous nous sommes aperçus que si l’on modifiait quoi que ce soit dans les constantes fondamentales de l’Univers, plus aucune forme de vie ou de conscience ne pourrait y apparaître, et encore moins s’y développer. L’horlogerie du Cosmos est tellement précise, qu’elle ne peut en aucun cas relever du hasard.

Le docteur Hazard fronça les sourcils. Ce physicien matérialiste manifesta même son désaccord d’un haussement d’épaules.

— De nos jours, plus aucun scientifique sérieux ne contesterait cette découverte, poursuivit le Pr. Spin.

Il s’interrompit un instant et regarda tour à tour les autres spécialistes. Ceux-ci opinèrent en dodelinant de la tête. Puis, le professeur reprit son discours.

— Trois solutions se présentent à nous pour expliquer cette vérité. J’ai envie de vous les exposer sous la forme d’une petite histoire… Imaginez que vous êtes un condamné à mort, les yeux bandés, face à votre peloton d’exécution. En toute logique, il vous est impossible d’échapper à votre sentence. Imaginez maintenant que vous entendez les détonations, mais que vous êtes toujours en vie après cela. Que penserez-vous à priori ?

— Je me dirai que j’ai eu de la chance. Et même une chance incroyable ! s’exclama Yiu.

— Parfaitement ! Et vous aurez raison. Pour que vous soyez toujours en vie après les tirs, il aurait fallu, par exemple, que l’un des tireurs ait malencontreusement perdu l’usage de sa main droite au tout dernier moment, qu’un autre ait soudainement perdu la vue, et que le dernier tireur ait subitement été piqué au nez par un insecte. Bref, ils auraient tous loupé leur tir, et vous seriez un miraculé !

— Pourriez-vous préciser votre pensée, Professeur ?

— Dans l’histoire que je viens de vous raconter, le condamné à mort, représente l’idée même de la Vie. Si l’existence de celle-ci – je parle toujours de la Vie – dans l’univers dépendait du hasard, il n’y aurait aucune forme de vie, et encore moins de conscience !

Des rumeurs secouèrent l’assemblée.

— À moins qu’il n’existe une multitude d’univers parallèles… ? objecta le Dr. Hazard en se grattant la tête. Grâce à l’hypothèse des multivers, nous pouvons continuer à admettre que c’est par hasard que la vie existe spécifiquement dans notre univers. Notre univers serait donc le seul, parmi une infinité d’autres univers, à offrir les conditions particulières propices à la vie.

— Première solution : les multivers, effectivement ! acquiesça le Pr. Spin. Dans cette optique, il existerait des milliards d’univers parallèles et, statistiquement, l’un d’eux aurait pu remporter « le gros lot », donnant naissance à la vie en ayant eu, juste par le hasard des statistiques, la bonne vitesse d’expansion, la bonne gravitation, la bonne masse du proton, etc.

— C’est l’hypothèse que nous défendons, intervint le Dr. Hazard. Une telle chance pour la création de la vie et de la conscience, n’est possible qu’avec les multivers ! C’est un peu comme s’il y avait des milliards de pelotons d’exécution ! Alors seulement, il deviendrait possible que l’un d’entre eux rate sa cible.

— Et la deuxième solution ? demanda Sue.

— La deuxième solution, répondit le Pr. Spin, c’est la théorie dite du complot : un créateur aurait effectué un réglage fin de toutes les constantes fondamentales de notre Univers pour qu’il soit tel qu’il est. Chacun des tireurs aurait été soudoyé afin de rater sa cible.

— C’est ce qu’on appelle « la théorie du dessein intelligent » ? demanda Sue.

— Non. Cette théorie-là n’a rien de scientifique. Je vous parle ici du principe anthropique*.

— Anthropique ! s’exclama Yiu.

— Oui, du grec « anthropos » qui signifie « homme ». Il existe plusieurs conceptions de ce principe anthropique. Pour ma part, j’adhère à la position défendue par Jean Staune : celle du « principe anthropique superfort ».

— Qui signifie, en clair… ?

— Que l’Univers n’est pas seulement préadapté à l’existence d’être intelligents comme vous et moi, mais également à l’existence de civilisations plus évoluées.

— Il existe donc d’autres conceptions ?

— Oui, plusieurs. Par exemple, celle du cosmologiste Trinh Xuan Thuan, dite « principe de conscience ». Voici ce qu’elle énonce : « L’émergence des êtres conscients, quels qu’ils soient, est inscrite dans les lois de l’Univers ». Ou alors, le « principe de complexité » de l’astrophysicien Hubert Reeves, qui nous dit : « Les lois de l’Univers conspirent pour que la matière se complexifie de plus en plus. »

— Vous semblez oublier le principe de contingence de Martin Rees, selon lequel : « Il existe une infinité d’univers parallèles, nous sommes par hasard dans celui qui a les bonnes constantes initiales », protesta le Dr. Hazard.

— Et la troisième solution ? demanda la modératrice.

— La troisième voie, c’est la théorie du Tout ; celle qui explique la valeur de toutes les constantes fondamentales de l’Univers.

— La théorie du Tout, vous dites… ?

— Oui. Cette théorie stipule que les ingrédients fondamentaux de la nature sont constitués de minuscules cordes d’énergie, et leurs vibrations sont à la base de tout ce qui se déroule dans l’univers. Dans mon histoire, un ami s’est glissé dans l’armurerie et a échangé les balles du peloton d’exécution contre des balles à blanc. Il existe dès lors une cause commune à l’échec de tous les tireurs. Cette théorie ne permet pas pour autant d’éliminer la question d’un Créateur, affirma le Pr. Spin.

Le Dr. Hazard réagit aussitôt à ces propos :

— S’il existait une théorie du Tout, le problème se poserait de savoir « qu’est-ce qui a insufflé le feu aux équations » ou encore, pour reprendre l’exemple du Pr. Spin : « qu’est-ce qui a placé les balles à blanc dans l’armurerie ? » Par contre, comme nous le soutenons, s’il existe bel et bien une infinité d’univers parallèles, alors l’hypothèse d’un créateur devient inutile !

— Êtes-vous d’accord sur le fait que toute théorie scientifique doit pouvoir se confronter à la réalité empirique ? rétorqua le Professeur Spin.

— Évidemment !

— Pourtant, l’hypothèse des univers parallèles infinis – position que vous défendez avec vigueur ! – ne peut être testée. Vous le savez, puisque nous ne voyons, par définition, que l’univers dont nous faisons partie ! J’en conclus que votre théorie n’est pas scientifique. En revanche, l’hypothèse d’un Créateur EST scientifique !

Les lèvres du Dr. Hazard marmonnèrent une repartie inaudible, tandis que son visage trahissait une profonde indignation.»

(Extrait de « Schizophrénie quantique« , par Nawfal Jorio)

* Résumé simplifié des différents types de « principe anthropique » et noms de leurs principaux défenseurs:

  • Principe anthropique faible. (défenseur : Brandon Carter).

Du fait que nous existons, nous pouvons déduire certaines des caractéristiques de l’Univers.

  • Principe de complexité. (défenseur : Hubert Reeves).

Les lois de l’Univers « conspirent » pour que la matière se complexifie de plus en plus.

  • Principe de contingence. (défenseur : Martin Rees).

Il existe une infinité d’univers parallèles, nous sommes par hasard dans celui qui a les « bonnes » constantes initiales.

  • Principe anthropique fort. (défenseur : Freeman Dyson).

L’Univers attendait sans doute notre venue.

  • Principe de conscience. (défenseur : Trinh Xuan Thuan).

L’émergence d’êtres conscients, quels qu’ils soient, est inscrite dans les lois de l’Univers.

  • Principe anthropique superfort. (défenseur : Jean Staune).

L’Univers n’est pas seulement préadapté à l’existence d’être intelligents comme nous mais également à l’existence de civilisations plus évoluées que nous.

  • Principe anthropique ultime. (défenseur : Frank Tipler).

Une fois que la vie intelligente est apparue, les lois de la physique lui permettent de subsister à jamais.

  • Principe Thanothropique. (défenseur : Jean-Pierre Petit).

Ce n’est pas la possibilité de la vie humaine qui a été programmée mais sa mort : l’autodestruction des civilisations est programmée.

  • Principe vraiment anthropique. (défenseur : Guillermo Gonzalez).

La Terre est le meilleur endroit pour l’émergence d’une conscience capable d’appréhender l’Univers.

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