L’intrication quantique

— Tout ceci est passionnant ! s’exclama Yiu. Professeur Spin, lors de notre visioconférence, vous m’aviez parlé d’imbrication limbique, si je me souviens bien. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Imbrication limbique… ? Non. Intrication quantique, peut-être ?

— Oui, oui, c’est cela ! confirma le milliardaire sur un ton enthousiaste.

— Imaginons deux particules physiques. Toutes deux sont célibataires et vaquent tranquillement à leurs occupations. Puis, un beau jour, un physicien décide de réunir les conditions pour qu’une interaction survienne entre ces particules.

— Quel type d’interaction ?intrication-quantique

— Je ne vais pas détailler ici toutes les expériences qui ont été menées, ce serait trop long. Néanmoins, représentons-nous cela comme le choc entre deux boules de billard. Les deux boules se rapprochent, s’entrechoquent, puis se séparent et partent chacune de leur côté.

— Comme dans un drame romantique, en quelque sorte ? s’amusa Sue.

— Absolument ! Les deux amoureux de ce drame subatomique interagissent avant d’être brusquement séparés… Et c’est là que l’enchantement se déclenche. Tenez-vous bien : après le choc, les deux particules restent mystérieusement liées ! Elles partagent désormais le même état quantique. En d’autres termes, elles ne forment plus qu’un seul système, et cela, indépendamment de la distance qui les sépare !

— Le même état quantique ? Qu’est-ce que cela implique ? s’enquit le milliardaire.

— Elles se comportent comme si elles n’étaient pas séparées. Tout se passe comme si l’une des particules « savait » instantanément ce qui est en train d’arriver à l’autre. Et cela, même si l’une se situe à l’autre bout de l’univers par rapport à l’autre ! C’est le fameux principe de « non séparabilité » ou de non localité.

Non localité… Vous pouvez préciser ?

— Suivant le principe classique de localité – issu de la relativité restreinte d’Einstein –, un objet ne peut être influencé que par son environnement immédiat. La non localité remet ce principe en question, notamment à travers le phénomène d’intrication quantique. Cette découverte semble magique ; pourtant, elle a été mise à profit dans la cryptographie et les protocoles d’échanges sécurisés.

— Pourriez-vous, s’il vous plaît, clarifier à nouveau ce qu’est l’intrication quantique, Pr. Spin ? reprit Sue.

— Je vais le formuler autrement en citant le Dr. Étienne Klein, l’un de mes confrère physiciens : « Deux cœurs qui ont interagi dans le passé ne peuvent plus être considérés de la même manière que s’ils ne s’étaient jamais rencontrés. Marqués à jamais par leur rencontre, ils forment un Tout inséparable ».

— Un Tout inséparable ? Incroyable ! Surtout quand je pense au fait que moi-même, je suis composé d’un agrégat de particules physiques ! s’émerveilla Yiu.

— Incroyable, en effet. Pourtant, c’est scientifiquement prouvé. Ce constat fait l’unanimité dans la communauté des physiciens, affirma le Pr. Spin en se tournant vers son collègue.

Le Dr. Hazard acquiesça et prit la parole :

— Admettez-vous néanmoins que la majorité des phénomènes de la réalité empirique ne présente pas de caractéristiques que l’on pourrait qualifier de « non séparables » ?

— Ce que nous percevons empiriquement comme séparé, ne l’est pas dans la réalité quantique. Il existe bien un « réel », qui est voilé à nos sens, et insondable par nos instruments, aussi sophistiqués soient-ils. Voilà pourquoi il y a forcément un esprit qui est indépendant de la réalité empirique. C’est-à-dire une réalité ontologique, non constituée de parties distinctes.

— Minute ! intervint la modératrice. Quelle est cette réalité quantique, empirique, ontologique… Je suis perdue, là !

— Ce qu’il importe de savoir, c’est que la réalité globale est constituée de deux niveaux de réalité distincts. Le premier niveau est la réalité empirique. Cette réalité se réfère à l’ensemble des phénomènes que l’expérience humaine est en mesure d’observer, de mesurer et de comprendre. La réalité ontologique, ou réalité ultime, est ce qui existe indépendamment de notre existence, ce qui nous laisse perplexes… Les découvertes de la mécanique quantique ré-enchantent le monde et nous rendent également plus humble.

— La réalité ontologique et le réel voilé dont vous avez parlé, ont-ils la même signification ? s’enquit Yiu.

— Absolument. C’est le grand mystère vers lequel l’esprit humain tend avec émerveillement à travers la science, la spiritualité, et peut-être même l’art, la musique, la poésie, sans jamais totalement l’atteindre, répondit le professeur Spin.

(Extrait du roman Schizophrénie quantique, chapitre: « Quantum Schizo »)

Voir également cette vidéo de David Louapre auteur de « Mais qui a attrapé le bison de Higgs?« 

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