Léopold Weiss : un juif pour l’islam

« La fleur ne rêve pas de l’abeille : elle fleurit et l’abeille vient à elle. Le maître a dit : Purifie-toi des attributs du moi, afin de pouvoir contempler ta propre essence pure. Il t’appartient de trouver ta vérité. » (Extrait de Schizophrénie quantique)

Comment Léopold Weiss, journaliste juif berlinois en 1922, devint-il, en 1954, Muhammad Asad, premier ambassadeur du Pakistan auprès de l’ONU ?

Publié en 1954, mêlant aventure et spiritualité, « Le Chemin de la Mecque » raconte le périple de 23 jours du jeune Léopold Weiss, devenu plus tard Muhammad Asad, pour se rendre à la Mecque durant l’été 1932. Bien plus qu’un carnet de route, c’est une passionnante autobiographie dans laquelle l’auteur nous dévoile comment il a embrassé l’islam. Si vous n’avez jamais compris cette religion et la foi qu’elle peut inspirer, vous devriez lire ce livre.

De Berlin à Jérusalem

Né Léopold Weiss en 1900, Muhammad Asad descendait d’une longue lignée de rabbins, hormis son père qui était avocat et son grand-père un fortuné banquier. Durant son enfance, il avait étudié la Bible puis le Talmud en hébreu. Il contesta très tôt l’idée que les Juifs puissent être le « peuple élu ». À Vienne, il fréquenta l’élite intellectuelle et étudia l’histoire de l’art et la philosophie. La psychanalyse faisait fureur à cette époque, mais Weiss la vécut comme un «nihilisme spirituel».

En 1920, il quitta Vienne pour Berlin où il erra, sans le sou pendant quelques mois, avant de décrocher un emploi de journaliste chez le prestigieux Frankfurter Zeitung. Cependant, il avait soif d’aventure et ne trouvait pas son travail passionnant. En 1922, quand son oncle maternelle lui proposa de le rejoindre à Jérusalem, il sauta sur l’occasion et partit pour l’orient.

Weiss, Weizman et le sionisme

Malgré qu’il fût juif en Palestine, Weiss n’aimait pas la cause sioniste. Il ne comprenait pas l’afflux d’Européens dans un pays qui n’avait plus été le leur depuis deux mille ans. Il s’inquiétait de ce que cela deviendrait une source de conflits dans le futur. Weiss avait remarqué, en effet, que les juifs européens voyaient les Arabes locaux tel que les puissances coloniales avaient vu les Africains. C’est-à-dire, comme des êtres inférieurs, arriérés et insignifiants.

Il eût des discussions virulentes à ce sujet avec Chaim Weizmann (père fondateur d’Israël). Les sionistes, de leur côté, ne parvenaient pas à comprendre qu’un juif tel que Weiss, puisse avoir de la sympathie pour les arabes.

Quand Weiss devint Asad

Au fil du temps, le futur Muhammad Asad (« Asad » signifie lion en arabe, comme Léo) commençait, de plus en plus, à remettre en question certaines facettes de la culture européenne. Et notamment l’insécurité affective et l’ambiguïté morale qui y régnaient. En revanche, il avait été frappé par le sens de la fraternité et l’unité des musulmans. Il s’était rendu compte également que l’Europe avait connu, à une époque, une plénitude spirituelle. Cela s’était exprimé, par exemple, dans la musique de Bach, l’art de Rembrandt et les cathédrales gothiques. Ensuite, ce fut le matérialisme qui en prenant toute la place, avait totalement fragmenté l’inconscient collectif européen.

Weiss avait décidé de tourner le dos à l’occident. Il s’était officiellement converti à l’islam en 1926, et était déterminé à continuer à vivre dans le monde musulman. Grâce à sa nomination en tant que correspondant de presse, il avait pu y rester et faire de nombreux voyages dans tout le Moyen-Orient. Il fréquenta même pendant six ans la cour d’Ibn Saoud (père fondateur de l’Arabie saoudite) et il fut, avec Muhammad Iqbal, l’un des pères fondateurs de l’Etat du Pakistan. Weiss/Asad en sera, plus tard, le premier ambassadeur auprès des Nations-Unis.

Les raisons de la conversion de Léopold Weiss

L’auteur souligne que ce ne furent pas les musulmans qui le poussèrent à se convertir. C’était plutôt son amour de l’islam qui lui avait procuré l’envie de continuer à vivre dans les pays musulmans. « Ce ne sont pas les musulmans qui ont fait la splendeur de l’islam ; c’est l’islam qui avait fait la grandeur des musulmans » clamait-il à qui voulait  bien l’entendre. Dans le même ordre d’idées, Asad affirmait que l’islam n’était pas un obstacle au progrès économique et social. Selon lui, la chute de la civilisation islamique s’expliquerait, en premier lieu, par le déclin de la foi des musulmans. La corruption des cœurs qui s’en est suivi a provoqué leur perte.

L’auteur cite quelques raisons qui lui ont fait aimer l’islam :

  • L’amour épuré de l’islam pour l’Absolu.
  • La simplicité, la richesse et la beauté du Coran.
  • Le sens de la communauté en islam
  • L’absence de la notion de « péché originel »

Cette conversion coûta très cher à Léopold Weiss qui fut renié par sa propre famille.

Commentaire de Muhammad Asad au sujet du hadith sur le Dajjal (l’Antéchrist)

« La prophétie relative à l’apparition du messih dajjal (l’antéchrist), affirme que cet être apocalyptique sera borgne, mais doué d’un pouvoir mystérieux concédé par Dieu. Il entendra de ses oreilles ce qui se dit aux coins les plus éloignés de la terre et verra de son œil unique des choses se produisant à des distances infinies. Il volera autour de la terre en quelques jours, amassera des trésors d’or et d’argent qu’il fera soudainement surgir du sol, fera tomber la pluie et croitre les plantes à son commandement, tuera et ramènera à la vie de tel sorte que tous ceux dont la foi est faible croiront qu’il est Dieu Lui-même et se prosterneront devant lui en adoration. Mais ceux dont la foi est forte liront ce qui est écrit sur son front en lettre de feu : « Négateur de Dieu », et ils sauront qu’il n’est qu’une imposture destinée à mettre à l’épreuve la foi de l’homme (…) Cette parabole, o Cheik, n’est-elle pas adéquate à la civilisation technique moderne ? Elle est « borgne », ce qui signifie qu’elle ne voit qu’un aspect de la vie, le progrès matériel, et ignore son aspect spirituel. A l’aide de ses merveilles mécaniques, elle rend l’homme capable de voir et d’entendre bien au-delà de sa capacité naturelle et de couvrir des distances illimitées à des vitesses inconcevables. Ses moyens scientifiques peuvent «faire tomber la pluies et croitre les plantes», de même qu’il découvre des trésors insoupçonnés sous la surface du sol. Ses guerres détruisent des vies, tandis que sa médecine donne la vie à ceux qui paraissent condamnés à mort. Son développement matériel est si puissant et si éblouissant que ceux dont la foi est faible se mettent à croire qu’il y a une divinité en elle. Mais ceux qui ont gardé la conscience de leur Créateur reconnaissent clairement que l’adoration du dajjal équivaut à la négation de Dieu. »

Le messih dajjal ne serait donc pas un genre de cyclope aux pouvoirs magiques qui apparaîtrait à la fin des temps, mais c’est le puissant système technomatérialiste qui nous gouverne déjà. L’apocalypse correspondrait, dès lors, à la fin des illusions crées par ce système et le rétablissement de la Justice et de la Vérité.

« Le chemin de la Mecque » est un excellent récit de voyage et d’aventure qui fourmille de descriptions: de la nuit étoilée dans le désert, en passant par les oasis et les bazars foisonnants. Il décrit également, de façon intimiste, la transformation du cœur d’un homme pour accueillir une nouvelle spiritualité qu’il ne connaissait qu’au travers de « clichés ». C’est un de ces livres qui, une fois lu, peut changer votre perception de l’islam.

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