Le capitalisme vert, une solution durable?

« Les hommes font partie du même corps, ils sont issus de la même essence. Si le destin faisait souffrir l’un des membres, les autres n’en auraient pas de repos. Toi qui es indifférent aux malheurs des autres, tu ne mérites pas d’être nommé un Homme. Saadi » (Extrait de Schizophrénie quantique)

La vie de 3 milliards de personnes est menacée. Est-il possible de préserver l’humanité, en la considérant comme simple variable d’ajustement, dans le cadre d’une pure logique de maximisation du profit ?

D’ici deux générations au plus tard, il faudra, coûte que coûte, pouvoir se passer complètement des énergies fossiles.

En attendant, des populations entières sont menacées. Une transition forcée vers les énergies renouvelables s’impose sans tarder. Mais cela est-il conciliable avec un système contrôlé par de puissants lobbies dont la loi fondamentale se limite à la seule rentabilité du capital ?

Quelques réponses figurent dans l’ouvrage de Daniel Tanuro « L’impossible capitalisme vert« .

Exemple du Pakistan: seul face au FMI et à la banque mondiale

Le dispositif de gestion des eaux de l’Indus pakistanais a été, jadis, conçu par le colonisateur britannique en fonction de ses intérêts impérialistes. Aujourd’hui, ce système se révèle inadéquat face au risque de crues qui étaient, dans le passé, exceptionnelles. Le risque de crues s’amplifie chaque jour. Le réchauffement climatique perturbe les moussons augmentant la violence des précipitations. Les crues mortelles seront de moins en moins exceptionnelles.

La Banque Mondiale et les grands groupes de travaux publics proposent d’améliorer les infrastructures existantes. L’IRN (International Rivers Network) propose, quant à lui, une solution beaucoup plus cohérente à long terme: revenir à la gestion souple des crues tel que pratiquée avant la colonisation. La technique traditionnelle permettait aux flots d’évacuer les sédiments, ce qui empêchait l’envasement du bassin et l’alimentation du delta. Pour la mettre en place, des investissements très importants doivent être réalisés sur une vingtaine d’APTOPIX Pakistan Floodsannées. L’IRN préconise, en outre, de stopper net la déforestation, de ménager des zones inondables, etc. Cependant, cette solution se heurte au pouvoir de l’oligarchie financière ainsi qu’aux programmes de développement que le FMI et la Banque Mondiale imposent par le truchement de la dette. Pour eux, la solution suggérée par l’IRN n’est pas efficiente financièrement, car elle prendrait beaucoup trop de temps et coûterait beaucoup trop cher.

Selon Daniel Tanuro, les questions économiques, sociales et environnementales sont interdépendantes. Pour lui, la seule façon d’éviter le basculement climatique c’est de basculer politiquement vers un nouveau modèle de développement, centré sur la satisfaction des besoins des populations. Sans cela, d’autres catastrophes encore plus dramatiques risquent de survenir. Les populations des pays pauvres en seront les principales victimes. Ces catastrophes ne seront pas « naturelles » mais dues à des causes bien déterminées dont les conséquences sont prévisibles et potentiellement dévastatrices. Tel est l’avertissement lancé par le drame pakistanais.

Le remplacement des énergies fossiles freiné par les lobbys industriels

Depuis la révolution industrielle, nos économies ont été dépendantes du charbon d’abord, du gaz et du pétrole ensuite. Techniquement, les énergies renouvelables pourraient, dès aujourd’hui, remplacer les combustibles fossiles. La technologie est capable d’assurer une rapide transition immédiatement.pic-petrolier

Mais pourquoi ne le fait-on pas? Parce que cela nécessite de réaliser des investissements gigantesques qui ont un coût colossal. Selon la logique de l’efficience-coût, la rentabilité économique ne sera pas au rendez-vous. Il s’agit, dès lors, d’une décision politique.

Mais pourquoi donc les élus politiques ne prennent-ils pas de décisions dans ce sens? N’y a-t-il pas assez d’argent dans les réserves mondiales, pour assurer le succès de la transition? La réponse provient des puissants lobbys industriels qui contrôlent et exploitent l’énergie aujourd’hui. Ces derniers exercent une pression sur les politiques. Ils veulent, aussi longtemps que possible, continuer à brûler du charbon, du gaz et du pétrole. Ils comptent déterminer eux-mêmes les technologies à développer et contrôler le rythme de la transition. L’alternative à l’efficience-coût ne peut être qu’une planification démocratique axée sur les besoins sociaux et écologiques. Et cette planification à son tour n’est possible qu’en brisant la résistance des monopoles du pétrole, du charbon, du gaz, de l’automobile, de la construction navale, de l’industrie aéronautique et de la pétrochimie.

Marché du carbone et incitants écologiques inefficaces

La taxation du carbone reste faible (à cause des lobbies industriels et des citoyens consommateurs) et n’induit aucun changement dans les comportements (elle est de 15$ la tonne aujourd’hui et devrait se situer à 600$ la tonne pour être efficace). De plus, le système est biaisé par la logique du profit. Ainsi, le protocole de Kyoto avait mis en place des incitrechauffement-climatiqueants financiers qui se révèlent inefficaces. Exemple: l’incinération du HFC 23. Ce gaz à effet de serre très puissant est émis lors de la production de gaz réfrigérant. L’incitant financier reçu pour l’incinération du HFC 23 rapporte davantage d’argent que ne coûte sa destruction. Conséquence: certaines usines en ont produit uniquement pour le détruire et toucher du profit facile. Cette incohérence a été corrigée, mais il en existe une multitude de ce genre. La logique de maximisation du profit semble pervertir les mesures prises pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Les limites du capitalisme

Le mode de production et de consommation actuel des pays capitalistes avancés, fondé sur une logique d’accumulation illimitée (du capital, des profits, des marchandises), de gaspillage des ressources, de consommation ostentatoire et de destruction accélérée de l’environnement, ne peut aucunement être étendu à l’ensemble de la planète, sous peine de crise écologique majeure. Selon des calculs récents, si l’on généralisait à l’ensemble de la population mondiale la consommation moyenne d’énergie des USA, les réserves connues de pétrole seraient épuisées en dix-neuf jours. Ce système est donc nécessairement fondé sur le maintien et l’aggravation de l’inégalité criante entre le Nord et le Sud.

En tout état de cause, la continuation du « progrès » capitaliste et l’expansion de la civilisation fondée sur l’économie de marché – même sous cette forme brutalement inégalitaire – menace directement, à moyen terme (toute prévision serait hasardeuse), la survivance même de l’espèce humaine. La sauvegarde de l’environnement naturel est donc un impératif humaniste.

Le capitalisme vert: un leurre?

Jusqu’au second choc pétrolier, la croissance induite par le capitalisme a été à la base d’un réel progrès économique et social. Depuis lors, on assiste à la création capitalisme_vertde bulles spéculatives et à une explosion des profits. Parallèlement à cela, les inégalités se sont fortement creusées. Dans le productivisme qui est au cœur du capitalisme, l’accumulation de richesses est potentiellement infinie. Tandis qu’il est évident que les ressources naturelles sont limitées. C’est la raison pour laquelle l’
action globalisée de capitaux (nombreux et concurrents) ne peut pas respecter les cycles écologiques, leurs rythmes et la vitesse de reconstitution des ressources naturelles. Le capital vert n’est donc rien d’autre qu’un non-sens utopique.

Les décroissants se trompent de cible

L’auteur avance que les partisans de la décroissance se focalisent sur la surconsommation spécifique aux pays développés. Cet état de fait, particulier aux nations les plus riches, est marginal en regard des 3 milliards de personnes qui manquent de l’essentiel. Mais d’où vient leur extrême pauvreté? Elle aurait sa source dans la sphère de la production plutôt que dans celle de la consommation. Les décroissants se tromperaient sur le centre de gravité du problème tout en donnant une vision culpabilisante et individuelle de la question.

Quant à ceux qui préconisent de favoriser le développement durable, par exemple, simplement en compensant ses émissions de CO2 ou en installant des toilettes sèches chez soi, ils participeraient surtout, d’après l’auteur, à masquer les véritables problèmes. Ceci tout en s’achetant une bonne conscience à bon marché (écoblanchiment ou greenwashing). Selon Daniel Tanuro, les changements significatifs proviendraient surtout d’initiatives collectives telles que, par exemple, la multiplication de groupements d’achat de produits bio auprès des agriculteurs, dee potagers urbains collectifs, etc.

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