L’ère des tartuffes

« L’impiété de ceux qui aspirent ardemment à la vérité est plus saine que la foi des indolents. » (Extrait de Schizophrénie quantique)

Pour expliquer la régression dans laquelle se trouvent de nombreux pays arabo-musulmans, tant des islamistes que des nationalistes n’hésitent pas à accuser « les ennemis invisibles » qui comploteraient sans cesse contre l’islam ou la nation. C’est vite oublier que nous vivons dans l’ère des tartuffes.

Sans vouloir dédouaner l’impact insidieux de l’intégrisme colonial puis néocolonial dans ces régions, il faut tout de même admettre que les premiers ennemis de l’islam sont les arabo-musulmans eux-mêmes.

En effet, lelethargie-monde-arabo-islamiques sommets d’ignorance observés actuellement dans certains de ces pays sont le résultat d’une longue léthargie programmée. Ce sommeil prolongé est caractérisé notamment par l’absence d’autocritique constructive qu’il ne faut pas confondre avec l’auto-dénigrement (que beaucoup d’arabo-musulmans pratiquent avec brio quand ils ne font pas dans l’auto-glorification nostalgique).
Cette léthargie de la pensée philosophique et religieuse n’est pas un hasard, si on garde bien à l’esprit que la religion fût de tout temps instrumentalisée par des tartuffes au service des tyrans.

Il est bon de se rappeler qu’il n’en a pas toujours age-dor-islamété ainsi. L’islam est certes arrivé en conquérant, réussissant d’abord le miracle d’unifier les tribus arabes, avant de s’étendre rapidement de par le globe. La mondialisation islamique fût, à une certaine époque, vecteur de justice sociale, stimulant l’enseignement, la recherche, l’essor de la condition féminine… Bref, elle avait permis le déclenchement d’une production intelligente déterminante pour l’avenir de l’humanité. Et ceci s’était effectué dans la fraternité et le partage entre les peuples.

Malheureusement, au fil des siècles, toutes sortes de tartuffes à la solde de tyrans ont instrumentalisé l’islam à des fins politiciennes. Or la visée politique de l’islam était déjà morte avec le décès du prophète (qui fût le seul homme d’Etat légitime de l’islam). Car si le prophète avait souhaité assurer la pérennité de l’islam politique, il aurait certainement désigné uncalifat-islamique Calife pour lui succéder. D’autant plus qu’il n’avait pas d’héritier mâle. Pourtant, il n’en fit rien. Et il semble peu probable qu’il s’agisse d’un oubli. Nous avons ici une indication sérieuse que la dimension politique de l’islam était uniquement inhérente à sa diffusion initiale.

D’ailleurs, même la notion politique de « Califat islamique » a été inventée. Mais qu’est-ce donc qu’un Calife suivant le texte coranique (khalifa – traduit souvent par vicaire, gérant ou représentant) ? En fait, le message de l’islam à ce propos est profondément responsabilisant et humaniste : chacun de nous est un Khalifa de Dieu sur Terre !

Pour toutes ces raisons, ce que je retiens personnellement du message islamique, c’est sa dimension éthique et spirituelle (et moins sa portée politique ou légaliste, même si dans ses grands principes, on pourrait légitimement y trouver du food for thought).

Je terminerais ce billet en citant l’écrivain Egyptien Alaa al-ASWANI, auteur du roman « L’immeuble Yacoubian » dans lequel il brosse un tableau au vitriol sur la manière dont est pratiqué l’islam dans son pays. Voici ce qu’il en dit lors d’une interview: « Ce n’est pas seulement une question d’hypocrisie ou d’ignorance. Le fond du problème est que bien des gens se font une conception erronée de la religion, qui valorise les aspects visibles de la religiosité. Cette prétendue religion est confortable parce qu’elle ne demande pas d’effort, ne coûte pas cher, se limite à des slogans et à des apparences, et donne un sentiment de paix intérieure et de satisfaction de soi. Les vrais principes de l’islam en revanche – justice, liberté et égalité – vous font courir le risque de perdre votre salaire, votre situation sociale et votre liberté. Ceux qui ont adopté cette prétendue religion jeûnent, prient, saluent à la manière musulmane et imposent à leurs épouses le hijab (voile des cheveux) et le niqab (voile du visage). Le régime saoudien a dépensé des milliards de dollars afin de propager la conception wahhabite (fondamentaliste) de l’islam, une conception qui mène immanquablement à pratiquer une religion de pure façade (ceux qui le contestent devraient regarder l’énorme hiatus entre le discours et la réalité en Arabie Saoudite). Sur les chaînes satellitaires saoudiennes, des dizaines d’hommes de religion parlent vingt-quatre heures sur vingt-quatre de questions religieuses, mais jamais du droit des citoyens à élire leurs gouvernants, ni des lois d’exception, ni de la torture et des arrestations arbitraires. Leur pensée ne s’attarde jamais aux questions de justice et de liberté. En revanche, ils se vantent d’avoir réussi à mettre le voile à une femme. Comme si Dieu avait révélé l’islam dans le seul but de couvrir les cheveux des femmes, et non d’établir la justice, la liberté et l’égalité. L’islam dans toute sa grandeur avait poussé les musulmans à faire connaître au monde l’humanité, la civilisation, l’art et la science. Mais la tartuferie nous a menés à toute cette ignominie et à cette misère dans laquelle nous vivons.»

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